Croire aux fauves

Nastassja MARTIN

Croire aux fauves

J’ai lu ce livre d’une traite, il y a un mois environ, happée par le récit peu banal d’une anthropologue, l’auteure elle-même, « entrée en collision » avec un ours dans les contrées glacées du fin fond de la Russie, à qui elle laisse une partie de son visage et qu’elle a elle-même blessé. Témoignage et réflexion uniques sur la façon dont on peut appréhender, ou pas, la vie sauvage. Quel est le sens de ce croisement hors norme ? Une « ironie des contingences »? Une prise en compte difficile mais inéluctable « d’un vouloir extérieur aux hommes, d’une intention en dehors de l’humanité » ? Comment éviter l’oubli, l’évitement et l’étiolement du sens ?
Je viens de le reprendre, en ces temps de confinement, où nous expérimentons tous la « collision » entre nous les humains et un autre être vivant, un virus. Rencontre, tout comme celle de l’ours que nous estimions hautement improbable, il y a peu encore et de si peu d’importance dans nos sociétés que l’on pensait hautement protégées. Mais que notre mode de vie, notre façon d’empiéter sur les territoires des autres êtres vivants, ont rendu possible et lourd de conséquences.
Dans ce livre, l’auteure signale pour elle-même, cet oubli dont nous sommes coutumiers : « J’oublie tellement où je me trouve dans ce monde potentiellement habité et parcouru par d’autres êtres vivants ». Et encore, « j’ai marché tel un fauve, sur l’échine du monde ». Nous, tellement persuadés d’être « maitres et possesseurs de la nature », nous nous y conduisons comme des fauves…jusqu’au moment de la rencontre qui fait tout basculer. L’ours, le virus…
"Quelque chose en moi résonne, quelque chose qui fait mal et qui désoriente, le monde s’effondre de partout ». Dépasser l’effondrement, un pari, là par l’écriture minutieuse, et nous, comment allons-nous y pourvoir ?"

éditions Verticales

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