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L'heure de plomb

Bruce HOLBERT

L'heure de plomb

On s’arrête aux descriptions qui suspendent la narration et qui permettent d’entrer dans cette Amérique dure, frustre, sauvage.
L’écriture est belle et travaillée, du coup, l’impression de dureté, de rudesse est fort bien rendue.
Ce roman, qui fait la part belle à ceux auxquels on ne s’arrête guère, rappelle à la fois les romans de Steinbeck – notamment les ouvriers agricoles des 'Souris et des Hommes' ou encore dans 'Les raisins de la colère' – mais aussi le film 'into The Wild' pour ce qui est du contraste entre les descriptions de la nature et la petitesse de l’homme qui ne peut pas grand-chose mais dont l’instinct de survie lui permet quand même cette survie.
On pourrait ajouter qu’il y a aussi quelque chose du roman 'Le désert des Tatares', on attend quelque chose qui n’arrive pas mais en fait l’auteur se fait le narrateur du temps qui s’écoule et de personnages qui laissent glisser ce temps sans réellement prendre à bras-le-corps leur vie. Ce qui donne un rythme un peu lent, qui n’en rend que plus pathétiques ces existences qui auront passé leur temps à attendre. Quand ils ouvrent les yeux, il est trop tard : l’essentiel de leur vie s’est déroulée, un peu à l’image de Wendy qui attendra de nombreuses années le retour de Matt.
Il est vrai que l’attente et le manque sont peut-être les éléments principaux de ce roman : le manque du frère, du père, de l’amour impossible à dire et du coup, l’attente de quelque chose qui pourrait combler l’existence de Matt et par voie de conséquence celle de Wendy.
On pourrait faire le même constat pour les personnages de Linda et Lucky : l’institutrice attend une autre vie tandis que son fils n’attend rien. Il n’a que faire des existences, de la sienne, de celle des autres, une sorte de mi-homme mi-bête.
Un roman paradoxal dans la mesure où il décrit de grands espaces dans lesquels les vies sont enfermées.

chez Gallmeister