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La femme qui avait perdu son âme

Bob Shacochis

La femme qui avait perdu son âme

Lire ce livre, c’est prendre le risque de se perdre dans le dédale du temps, des lieux et des mouvements qui agitent l’âme et l’histoire humaine et ce d’autant plus que la trame de la vie de l’héroïne qui sert de fil conducteur, est fort malmenée. Sans cesse nous sommes pris à l’improviste dans des chausse-trappes, des rebondissements, des avancées brutales et des retours en arrière qui, s’ils constituent la loi habituelle du roman d’espionnage, prennent ici une ampleur rarement atteinte.
Cette femme qui a perdu son âme, qui perd sa vie rapidement dès le début du livre, nous perdons notre souffle derrière elle : de Haïti, aux rives du Bosphore pendant la guerre froide en passant par la Croatie des années 40/45 suivies de celles de la fin du XXième siècle, tout ramène aux cercles très fermés et très opaques des services secrets américains,
Impossible à raconter, le livre prend chair à travers de multiples personnages complexes, à l’identité changeante, dont l’histoire intime épouse au plus près la grande histoire. Quelles lignes de force sous-tendent le jeu politique : les grands principes proclamés ? le gout du pouvoir ? les cascades sans fin des vengeances ? Tout s’entremêle intelligemment, les luttes intestines des services secrets, les ambitions personnelles, les vengeances, mais aussi les désirs fous, les peurs et les aspirations intimes. Qu’est-ce qui est réalité, qu’est-ce qui est illusion ? Y a-t-il même une ligne de partage ou bien une confusion sans cesse reconduite entre les politiques affichées, les sentiments déclarés et la flamme qui anime obstinément les humains ?
« Il en était venu à comprendre que nous choisissons les mensonges auxquels nous participons et par ce choix nous nous définissons nous-mêmes, ainsi que nos idées pour une longue période, peut-être pour toujours… »
800 pages en haleine, portées aussi par une belle traduction.