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L'ombre de nos nuits

Gaëlle Josse

L'ombre de nos nuits

ou l'attention de la dentellière

Le livre est construit autour de plusieurs questionnements parallèles, en particulier celui du "maitre", Georges de La Tour, dans les années 1630, pendant toute la période qui correspond à l’exécution d'un tableau, "Saint Sébastien soigné par Irène" et celui d'une femme, traductrice de son métier, qui tombe brutalement en arrêt devant ce même tableau dans un musée en 2014.
Le maître vit un temps de violences et de guerres. Il ne veut plus peindre "la lumière du jour qui ne sait qu'éclairer terreur et désolation". Il cherche autre chose, "à la lisière de l'ombre et du feu, du souffle et du silence..."
La femme, en 2014, reçoit comme sienne cette recherche. Elle est frappée par le visage et les mains d'Irène, son geste, son attention à la douleur de celui qu'elle tente de soulager. "Ce regard. C’est ainsi que nous devrions nous y prendre avec les autres".
Elle-même sort d'une histoire amoureuse qui l'a laissée profondément blessée, l'obligeant à son corps défendant, à prendre en compte la "part sauvage" enfouie au fond de chacun, faite d'illusions de rencontre et de pulsions dévastatrices, d'envies de possession et de meurtre. La phrase de Lacan lui revient en mémoire, " aimer c’est donner ce que l’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas ».
Et de cette expérience amère mais salutaire, elle retient un endroit, une lisière où se rencontrent à la fois ce désir fou et sauvage et celui surprenant car insoupçonné tout d'abord, d'une autre possibilité de rencontrer l'autre, "dans les régions ignorées de (soi)-même".

Et le peintre et la narratrice explorent ces ombres et les lumières qui leur sont liées, dans l'attente de l'étrange vérité qui pourra en sortir, celles des cœurs. Chacun dans son siècle, chacun avec ses outils, son travail, ses rencontres, dans ce côtoiement de la violence et celle de l'infinie capacité de douceur et de renoncement à la possession rencontrée parfois au détour du geste "juste" pour le peintre, du mot "juste" pour la traductrice, identiques au geste silencieux et "juste" d'Irène soignant Saint Sébastien où la tromperie de l'autre, de soi-même ne peuvent plus avoir cours.

Une écriture singulière et une attention de "dentellière" !

Chez Notabilia