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Sueurs froides cet été

TREVANIAN, HAYES, MANKELL... et bien d'autres

Sueurs froides cet été

Je n’ai pas d’attirance pour le genre « polar », et pourtant "Shibumi" de Trevanian m’a tenue tout au long de ses 450 pages. Un « gros » roman que se lit d’un souffle.
On est étonné par la personnalité du héros, l’organisation du récit et la richesse des références. On souhaiterait presque qu'il y ait d’autres développements pour poursuivre cette plongée dans un monde fascinant par son éclectisme et ses références culturelles : ce héros, mi-justicier, mi-philosophe, polyglotte, amateur de jeu de go et de culture japonaise, passionné de spéléologie, enraciné tardivement dans les Pyrénées basques où il cultive son Shibumi «…qui implique l’idée de raffinement le plus subtile sous les apparences les plus banales. Shibumi est compréhension plus que connaissance, c’est exister sans l’angoisse du devenir. Et dans la personnalité de l’homme, c’est…comment dire ? L’autorité sans la domination ? Quelque chose comme ça... » Aventures et rebondissements, en vigueur dans ce genre, mais aussi analyse critique féroce des sociétés fondées sur le commerce et le profit (Europe et Etats Unis confondus), un humour qui n’est jamais loin, épinglant les hommes et les structures dans leur bêtise et leur cupidité, une grande érudition dans des domaines très variés : tout savoir, ou presque, sur les Basques, leur langue, leurs particularités, sur l’occupation du Japon par les alliés, la Chine des années passées, le rituel du jeu de go, les techniques d’exploration des gouffres pyrénéens…
Tout cela contribue à faire de ce roman un excellent livre, très bien construit et d'une belle écriture.
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"The main" c'est un polar, mais limiter le travail de Trevanian à un classement par genre, ce serait un peu comme… limiter Zola à une étude de mœurs de son époque. Trevanian est un auteur et son travail est à découvrir. Écriture limpide, personnages qui ont de la chair, toujours au bord du lâcher prise, durs et fragiles à la fois.
L’action se passe à Montréal. Un flic de quartier, presque un îlotier, formé à la vieille école et pétri d’humanisme, enquête sur un meurtre dans "son" quartier.
Il nous amène à découvrir un monde, avec une sensibilité extrême à tout changement imperceptible pour un néophyte et il compte sur son sixième sens pour dénouer cette énigme.

"Je suis Pilgrim" de Terry HAYES
Pilgrim, tout jeune directeur de services secrets des États-Unis, décide après la catastrophe des tours jumelles, de donner sa démission. Il va cependant être très vite rattrapé par une nouvelle affaire qui dépasse de 100 fois cet évènement dramatique. Devant l’ampleur de la catastrophe qui s’annonce, les plus hautes autorités lui demandent de reprendre son travail. Il part à la poursuite d’un terroriste, formé en Afghanistan et déterminé à se venger de toute la violence à laquelle il a été confronté.
Récit haletant qui mêle fiction et réalité. Un seul regret, arriver à la fin du livre.

"Deep winter", de Samuel W. GAILEY, est un livre construit comme un scénario, personnage par personnage. L'auteur se met dans la tête de chacun avec brio. On passe de l'empathie au dégout tout en attendant le dénouement qui parait inéluctable. Le ton est violent comme les lieux ou les habitants, avec quelques parenthèses de véritable humanité. On connait ou on a tous connu des Danny, laissés pour compte car proies faciles, un peu moins de Cindy, capables de protection, d'écoute malgré sa vie pourrie.
Un beau polar bien écrit, très bien bâti. La fin nous réconcilie avec nous mêmes, Malgré la violence, la résistance et l'intelligence peuvent toujours quelque chose.
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Dominique MANOTTI
"Lorraine connection" est un polar économique qui se déroule dans l'Europe ultra-libérale.
La scène de théâtre c'est l'usine Daewoo, l'enjeu c'est le rachat du grand groupe Thomson.
Quant à l'action, elle se déroule sur deux niveaux parallèles : la grève des ouvriers et les manœuvres financières des cadres dirigeants.
Et quand les uns se mêlent des affaires des autres, ça fait du grabuge !

"Nos fantastiques années fric"
Quelques mois avant les élections législatives de mai 1986, des otages au Liban deviennent un enjeu majeur et lorsqu'un avion explose en plein vol dans le ciel turc, chargé d'armes, la « cellule élyséenne » et les RG se retrouvent frères ennemis au cœur de la tourmente.

"Le corps noir"
On sait bien que les grands patrons français étaient mouillés jusqu'au cou avec les nazis.
Mais comment donc s'en sont-ils sortis aussi bien ?
Comme un polaroid, ce polar révèle des instantanés de cette période bousculée entre le Débarquement et la Libération.
Beaucoup de cadavres une fois de plus. Et une page d'histoire.
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"Casanova et la femme sans visage", Olivier BARDE-CABUCON
Volnay est le commissaire aux morts étranges nommé par le roi à qui il a sauvé la vie. Passionné de livres, solitaire et séducteur, il enquête avec le moine hérétique, géant au passé trouble dans le Paris de 1750. Les mœurs de la noblesse de Louis xv y sont bien décrites ainsi que la vie des quartiers misérables.
Il y a du poison, des philtres secrets, tous les personnages ont deux faces qui rendent compliquée la résolution des affaires. Quand une femme sans visage est retrouvée morte Volnay doit mener ses investigations auprès de Casanova, des lieux de rendez-vous libertins du roi, tout en se protégeant de Sartine, policier officiel de Paris à qui les méthodes et les pouvoirs de Volnay ne plaisent pas.
Le fait que les recherches aient lieu la nuit, dans des endroits malfamés ou des auberges chiques et chères avec les descriptions de courtisanes, sorcières, rend cet auteur original. On devient vite addict.

"Miséricorde", Jussi ADLER-OLSEN
Carl Morck est peut-être un excellent enquêteur, mais il est aussi particulièrement insupportable pour ses collègues : bougon, cynique et agressif, il ne s’attire pas la sympathie des autres inspecteurs qui n’espèrent qu’une chose, ne pas travailler avec lui. Alors, le commissaire, partagé entre la reconnaissance du travail de Morck et l’animosité qu’il parvient à susciter autour de lui, trouve une astuce et lui confie un nouveau département appelé V. Chargé d’enquêter sur d’anciennes affaires, il ne devrait plus perturber le fonctionnement des services et devrait se faire les dents sur des dossiers impossibles. Il lui adjoint un homme à tout faire au nom improbable, l’Hafez el Assad, duo qui est parti pour faire des miracles.
Le premier s’appelle Miséricorde...
Un polar passionnant, couronné par les prix scandinaves les plus prestigieux.

"Meurtriers sans visage", Henning MANKELL
Il s’agit de la première enquête de Wallander. Chargé de l'assassinat sauvage d'un couple de vieux fermiers, Wallander se voit confier le travail en l’absence du commissaire. Il est particulièrement choqué par la méthode employée par le ou les criminels et se dit de plus en plus déconnecté de cette société qu’il connaissait pourtant si bien.
Empêtré lui-même dans ses relations personnelles, wallander, à travers cette enquête, va faire le point sur sa vie et à réfléchir aux changements qui secouent son univers. Attachant, fragile et maladroit, le personnage offre le portrait d’un homme ordinaire et torturé qui mettra pourtant toutes ses forces à recoller à la réalité et trouver la réponse à son enquête.
Un passionnant polar du maître à suspense suédois.

"Rue sans Souci", Jo NESBO
À Oslo, Harry Hole, stéréotype du policier alcoolique, solitaire, tenace, perspicace, mène deux enquêtes parallèles. La première concerne un braquage de banque qui s’achève par la mort d’une employée.
Cela s’annonce compliqué : pas d’indices, pas de témoin.
Pour cerner la personnalité de ce braqueur, Harry Hole en appelle à Raskol, un gitan emprisonné qui, par les informations qu’il distille au gré de ses volontés selon ce qu’il veut obtenir, va le faire entrer dans le monde très fermé des Tziganes où les règles sont absconses pour les non-initiés. Alors que tout semble s’expliquer, tout sera à recommencer. En parallèle, Hole mène une enquête personnelle. Il ne croit pas au suicide d’Anna, son ancienne maîtresse. Il reçoit des mails inquiétants concernant ses relations avec elle. On pourrait même ajouter une troisième investigation dont on comprend qu’elle commence dans les romans antérieurs et qu’elle va parcourir la série. Il s’agit du meurtre de son ancienne associée, Helen. Holer pressent que Waaler, un collègue policier, y est mêlé mais il n’a pas de preuve.
Ces intrigues se mêlent, s’éclairent parfois les unes les autres par un jeu de correspondances, et sont fortement ancrées dans la réalité norvégienne.
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Craig JOHNSON : Absaroka, le comté le moins peuplé du Wyoming et son shérif emblématique : Walt Longmire. La tradition de l'Ouest (le vrai!), le cow-boy enquêteur à la conscience tourmentée. À lire aussi Tony HILLERMAN et ses policiers navajos : Joe Leaphorn et Jim Chee avec ses titres inoubliablement évocateurs ("Le vent sombre", "Là où dansent les morts",…)
Trop de violences ? Trop de devinettes purement intellectuelles ? Essayez Mma Precious Ramotswe, la numéro 1 des femmes détectives du … Botswana et sa collaboratrice Mma Grace Makutsi secrétaire inégalable (Auteur Alexander MC CALL) : une conversation autour d'une tasse de thé en apprend plus qu'un coup de revolver.
Besoin encore de dépaysement ? Caryl FEREY et son détective maori Jack Fitzgerald (Haka, Uru …), James Lee BURKE et le shérif louisianais (et nostalgique) Dave Robichaud (Dans la brume électrique).

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